De l’école au lycée on nous apprend beaucoup de choses, mais pas cet essentiel. En cours de SVT on apprend la fécondation, ce qu’il se passe après un rapport sexuel, mais pas ce qu’il se passe avant ni pendant. Ça risquerait de choquer les âmes sensibles après tout… mais parle-t-on ici des enfants ou de leurs parents ?

Enfants on entend les adultes blaguer sur le sujet, sans trop comprendre. Ados on essaie de copier les acteurs pornos car c’est la seule référence disponible. Et puis on grandit, on a envie de mieux faire, alors on cherche… sans vraiment trouver comment.

N’ayant jamais reçu d’éducation sexuelle à proprement parler, que ce soit par mes parents où à l’école (après tout, dans des établissements catholiques, ça ferait désordre paraît-il), j’ai donc voulu savoir si j’étais seul dans ce cas. J’ai donc posé quelques questions sur Twitter et Instagram pour estimer (pas très scientifiquement, j’en conviens) l’état de notre éducation sexuelle globale.


Note : les résultats ont été rendus anonymes pour permettre à chacun de s’exprimer librement, même si certains participants ont peut-être hésité à répondre librement sur Instagram car les réponses ne sont par défaut pas anonymes.

  • Sondage Twitter — Résultats de la question 1
  • Sondage Twitter — Résultats de la question 2
  • Sondage Twitter — Résultats de la question 3
  • Sondage Twitter — Résultats de la question 4
  • Sondage Twitter — Résultats de la question 5
  • Sondage Instagram — Résultats de la question 1
  • Sondage Instagram — Résultats de la question 2
  • Sondage Instagram — Résultats de la question 3
  • Sondage Instagram — Résultats de la question 4
  • Sondage Instagram — Résultats de la question 5

Et les résultats confirment que je ne suis pas seul : peu de gens ont reçu une éducation sexuelle complète et beaucoup ont dû apprendre avec leurs partenaires (qui n’avaient également probablement pas plus de maîtrise) ou avec le porno (qui est rarement réaliste, soyons honnêtes).

Mais ce qui en ressort surtout c’est que peu de gens en parlent ouvertement, y compris avec leurs proches. Le sexe reste donc un tabou pour beaucoup.

Une logique déconnectée de notre époque

Nous vivons pourtant dans une époque parfaite pour briser ce tabou : libération sexuelle, plans d’un soir, applications de rencontre, féminisme, plateformes de discussion (également appelées réseaux sociaux)… nous avons tous les outils pour changer cet héritage et libérer la parole. Pourtant lorsque j’entends parler de plan d’un soir personne ne parle d’orgasme ou de communication pour savoir ce que chacun aime : on baise maladroitement et on se quitte, sans chercher à faire mieux ni savoir si l’autre a vraiment pris du plaisir.

Les applis de rencontre nous incite à discuter pour se rencontrer (certaines pour un soir, d’autres pour plus longtemps) en exposant nos métiers, nos hobbies, éventuellement notre orientation sexuelle… mais rarement nos préférences sexuelles.

Le savoir est à notre portée et pourtant la plus grande base de données disponible sur le sujet reste les sites pornographiques qui ne présentent qu’une vision déformée — et souvent normalisée — du sexe.

Le sexe fait pourtant partie des activités régulières d’un couple, une des plus pratiquées dans le monde tout en étant un moment des plus intimes qui soit, mais si personne ne communique comment en profiter pleinement ?

Encore plus : c’est la base de notre système de reproduction tout en étant une activité permettant de ressentir du plaisir les plus primaires, et pourtant on se contente du minimum sans chercher à faire mieux, alors que des chercheurs nous ont permis de découvrir que nous en étions capables.

Reprendre les choses en main pour briser ce tabou

Je ne parle pas de prendre votre chose en main, messieurs, refermez donc tout de suite cette braguette…

Alors, comment faire en sorte de libérer la parole sur ce sujet ? Peut-être faut-il d’abord comprendre pourquoi ce tabou existe

On pourrait montrer les religions du doigt (et je suis souvent le premier à avoir ce réflexe), mais ce serait — je pense — se tromper par souci de simplicité. C’est avant tout notre éducation qui nous inculque ces habitudes : nous imitons nos parents, en répétant bêtement ce que nous avons appris. S’ils nous disent que le sexe est un sujet tabou pour eux alors il le devient pour nous jusqu’à ce que l’on ose remettre en cause cet acquis.

Je ne vais pas prétendre avoir la solution pour tout changer : il faudra beaucoup de travail et de communication pour faire évoluer les mentalités. Mais on peut au moins travailler ensemble pour trouver des pistes et développer des outils pour mettre fin à ce statu quo.

Peut-être faut-il s’affranchir du cadre actuel d’éducation pendant un temps et mettre en place une plateforme ouverte pour permettre à chacun de s’éduquer librement, sans jugement ? Un site et/ou une application rempli(e) de ressources et conseils pour découvrir sa propre sexualité, mais aussi celle des autres.

Sans doute faut-il également lancer nous-mêmes le mouvement en évoquant le sujet avec nos amis voire notre famille, autrement que sous forme de blagues. Proposer de l’aide quand un couple autour de nous n’est pas épanoui alors qu’avec un peu de communication ils pourraient probablement sortir de cette impasse…

Préparer l’avenir

Admettons que nous arrivions à briser ces tabous pour notre génération… qu’en est-il pour les générations à venir ? Comment enseigner à nos enfants ce qu’il faut sans les (ou nous) mettre mal à l’aise ?

Il faudrait retravailler le système éducatif pour prendre en compte certains savoirs et les transmettre : se contenter de parler de fécondation n’est pas suffisant quand il s’agit de sensibiliser les enfants à tout ce qui entoure ce sujet.

Parler des principales IST et comment les prévenir est devenu nécessaire pour limiter leur transmission. Expliquer ce qu’est un orgasme peut aider à plus facilement comprendre comment l’atteindre — soi-même ou à deux — et le reconnaître.

Mais surtout parler de consentement et de communication est indispensable pour éviter les dérives et violences auxquelles beaucoup trop de gens sont confrontés.

Peut-être, alors, que quand ces bases seront acquises on pourra s’occuper de mettre à disposition ces outils dont je parlais juste avant, pour que nos enfants puissent apprendre grâce à nous tout en gardant une certaine distance pour éviter certains malaises.


Autres ressources

Si vous ne connaissez pas la série Masters Of Sex je vous la recommande vivement : elle retrace (de façon romancée) les travaux du Docteur William Masters et son assistante Virginia Johnson lors de leur étude détaillée sur la sexualité humaine dans les années 1950.


Remerciements

Je tiens à remercier chaleureusement toutes les personnes qui ont répondu aux sondages, que ce soit sur Twitter ou Instagram. Il y a même des inconnus dans le lot ! Un grand merci à vous, autrement je n’aurais pas pu alimenter cet article de la sorte.

Un grand merci également aux amis et inconnus avec qui j’ai pu discuter un peu du sujet, qui m’ont suggéré des pistes de réflexion. Vous êtes formidables !